Longtemps vanté pour ameublir la terre, le double bêchage a perdu du terrain. La méthode peut aider un sol tassé, mais ses limites pèsent lourd.
- Le double bêchage recule nettement
- La méthode fatigue et perturbe le sol
- Elle reste utile sur terre compactée
Le double bêchage a longtemps eu bonne presse au potager. Aujourd’hui, beaucoup de jardiniers préfèrent au contraire ne plus retourner la terre, ou beaucoup moins. Et le changement n’a rien d’un effet de mode : cette méthode ancienne demande un vrai effort physique, pour des résultats qui ne compensent pas toujours les dégâts possibles sur le sol.
Une technique star il y a cinquante ans
Le principe ne date pas d’hier. La pratique est ancienne, mais elle a été remise en avant par Alan Chadwick, acteur et artiste, au Royaume-Uni en 1967. Elle a ensuite traversé l’Atlantique. Aux États-Unis, le jardinier John Jeavons l’utilise autour de 1972, puis la popularise vraiment dans un livre publié en 1974, How to Grow More Vegetables Than You Ever Thought Possible on Less Land Than You Can Imagine.
À l’époque, creuser profond semblait presque évident. Pas seulement pour démarrer un jardin, mais pour le faire à fond, jusqu’à environ 2 pieds, soit près de 60 centimètres.
Ce que le double bêchage promet sur le papier
Concrètement, on enlève d’abord une première couche de terre sur la profondeur d’une bêche, environ un pied. Cette terre est mise de côté, sur une bâche ou dans une brouette. Ensuite, on décompacte la couche du dessous, puis on ajoute du compost et les amendements jugés utiles avant de remettre la terre en place.
Sur le papier, l’idée séduit encore. La méthode permet d’ameublir plus profondément qu’un motoculteur, d’aérer la terre et d’envoyer des nutriments plus bas. Pour un sol dur comme du béton, l’argument reste entendable.
Pourquoi beaucoup de jardiniers l’abandonnent
Le problème, c’est que ce travail est lourd. Vraiment lourd. Et ce n’est pas son seul défaut. En creusant aussi profond, on peut perturber la structure existante du sol, détruire l’habitat des vers de terre et faire disparaître une partie des micro-organismes qui y vivent.
Il y a aussi un autre effet pervers. Comme le labour classique, le double bêchage remonte et remue une terre qui favorise ensuite les mauvaises herbes. La pratique peut aussi placer des nutriments trop bas, alors que la plupart des racines nourricières ne descendent pas jusqu’aux 60 centimètres visés. Sans compter la perturbation des réseaux mycorhiziens, ces associations qui aident les racines à capter les nutriments.
Résultat, beaucoup de jardiniers ont laissé tomber. Quelques adeptes continuent de défendre la méthode, surtout quand un sol très compacté résiste à tout le reste. Mais dans la plupart des cas, entre la fatigue et les effets indésirables, ce vieux réflexe des années 70 perd clairement du terrain.