Indépendance de la Catalogne : les enjeux pour l’Espagne

Par Falimalala 
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Maintes fois évoquée et toujours bloquée, l'indépendance de la Catalogne est une question épineuse pour l'Espagne. Les enjeux dépassent le seul cadre du pays, d'ailleurs. Explications.

Pourquoi la Catalogne tient-elle tant à son indépendance ?

Les enjeux économiques

Région autonome avec un président à sa tête, la Catalogne jouit d’une certaine liberté dans ses décisions politiques, financières et économiques depuis des décennies. Elle a su profiter de ce droit pour développer une économie dynamique et florissante, surtout depuis le début des années 2000. Résultat : la Catalogne devient rapidement un poids lourd de l’économie espagnole. Son PIB s’élève à 224 milliards d’euros en 2016, soit 1/5 du PIB du royaume. Cela place la région au niveau d’un pays comme l’Irlande, en Europe. L’industrie agroalimentaire fournit l’essentiel des revenus, mais le numérique, la chimie et la construction automobile sont également très développés. Les dirigeants catalans estiment néanmoins qu’ils peuvent mieux faire. L’indépendance constitue de fait un moyen de jouir d’une totale liberté dans l’élaboration des politiques d’investissements et de la fiscalité de la région.

Les enjeux socio-politiques

La Catalogne a son propre parlement depuis 1932. Cette institution décide de certaines législations propres à la région. L’autorité du Parlement catalan et de son président reste toutefois limitée. L’État espagnol s’immisce régulièrement dans les affaires socio-politiques de cette région autonome. L’intervention de Madrid touche aussi bien aux questions stratégiques (défense, finance et économie) qu’aux questions sociales et politiques (éducation, santé, enseignement du catalan, etc.).

Pourquoi l’Espagne refuse-t-elle l’indépendance de la Catalogne ?

Un manque à gagner conséquent

Le refus espagnol, soutenu par presque tous les pays de l’Union européenne, est d’abord d’ordre économique. Le royaume, déjà empêtré dans des difficultés économiques et financières majeures, ne souhaite en aucun cas perdre une région qui lui fournit 19% de son PIB. L’indépendance de la Catalogne, même amicale, entraînerait également un appauvrissement brutal de la région, ce qui se traduira par une chute de 15 à 20% de son PIB. L’Espagne ne sera pas épargnée par ce phénomène, vu l’importance des échanges commerciaux entre la région et le reste du pays.

Un dangereux précédent en Espagne et en Europe

Les dirigeants espagnols reconnaissent volontiers le droit des Catalans à l’autodétermination. Ils fixent néanmoins des limites à cette liberté, pour ne pas instaurer un précédent que d’autres régions ou communautés autonomes érigeront en modèle. Et les minorités désireuses de s’affranchir de l’autorité du Royaume sont assez nombreuses en Europe, entre les Basques, les Andalous et les Corses. L’Espagne, soucieuse de l’intégrité de l’Union européenne, n’a donc d’autres choix que d’opposer son véto.

Un gage de stabilité envers l’Europe

Ces dernières années, Madrid apparaît comme un allié de plus en plus influent aux yeux de Berlin et de Paris dans leur effort pour consolider l’Union européenne. Bien conscient de sa position, le Royaume espagnol a à cœur de prouver sa capacité à maintenir la cohésion et l’unité au sein même de son territoire. Pour l’Allemagne et la France, l’issue de cette crise déterminera la future place de l’Espagne dans une Union européenne désormais amputée du Royaume-Uni.