Alexithymie, ce trouble discret qui brouille le sens des émotions

Salle sobre avec affiche des émotions
Image d'illustration. Ce trouble touche des millions de personnes. — ADN

Difficile de savoir si l’on ressent de la peur, de la colère ou du stress. L’alexithymie touche des millions de personnes et pèse bien au-delà du ressenti.

  • L’alexithymie brouille l’identification des émotions
  • Elle touche environ 5 à 10 % des gens
  • Ses effets pèsent sur relations et décisions

L’alexithymie concernerait entre 5 et 10 % de la population générale. Ce n’est pas l’incapacité à ressentir, mais la difficulté à reconnaître et comprendre ce que l’on ressent. Et ça change pas mal de choses au quotidien.

Un trouble du repérage émotionnel, pas une absence de ressenti

Le mot vient du grec ancien et signifie, littéralement, l’absence de mots pour les émotions. Des psychothérapeutes l’ont forgé dans les années 1970 pour décrire un ensemble de difficultés bien repérées. L’idée centrale est simple : quelque chose se passe à l’intérieur, mais la personne n’arrive pas à l’identifier clairement.

Concrètement, cela peut vouloir dire confondre un état émotionnel avec une sensation physique. Un nœud au ventre sera perçu comme une nausée, un cœur qui accélère comme un effort, sans que la colère, l’anxiété ou l’excitation soient vraiment nommées. Autre trait fréquent, une pensée tournée vers les faits observables, ce qui s’est passé, ce qui a été dit, ce qu’il faut faire, davantage que vers l’introspection.

Pourquoi cela complique les liens avec les autres

Les émotions ne servent pas seulement à se comprendre soi-même. Elles aident aussi à dire ses besoins, à lire ceux des autres et à construire des liens. Quand cette lecture interne se brouille, la communication devient plus laborieuse.

La réserve émotionnelle peut alors être prise pour du désintérêt, voire du détachement, alors même que l’attachement est réel. Des travaux ont relié l’alexithymie à des difficultés d’intimité émotionnelle et à une moindre satisfaction dans les relations. On peut être contrarié par son partenaire sans réussir à dire pourquoi, ou tenir beaucoup à un ami sans parvenir à l’exprimer.

À cela s’ajoute un problème de régulation. Des recherches lient l’alexithymie au retrait social, à l’évitement et à la suppression des émotions, trois stratégies qui compliquent encore les échanges.

Des choix plus difficiles quand le signal émotionnel manque

Nos ressentis servent aussi de boussole. Ils aident à évaluer un risque, à avancer dans l’incertitude, à trancher quand aucune réponse évidente ne s’impose.

Plusieurs études ont associé l’alexithymie à des différences dans la prise de décision, surtout quand les indices émotionnels comptent. Si l’on distingue mal la peur, l’appréhension, l’intuition ou l’excitation, on perd un signal que beaucoup utilisent presque sans y penser.

Un profil fréquent avec d’autres troubles, mais pas figé

L’alexithymie n’est pas classée comme un trouble mental à part entière. Elle apparaît en revanche plus souvent chez des personnes ayant un autisme, un stress post-traumatique, un trouble obsessionnel compulsif, une schizophrénie, de l’anxiété, une dépression, un trouble dysphorique prémenstruel ou encore certaines maladies chroniques, dont le cancer. Environ la moitié des personnes avec autisme seraient aussi concernées.

Mais ce chevauchement complique aussi le repérage. Une personne peut consulter pour une autre condition sans voir que la difficulté à identifier ses émotions fait partie du problème. La bonne nouvelle, c’est que ce n’est pas forcément figé : la littératie émotionnelle, la méditation et différentes thérapies peuvent aider à mieux lire les signaux du corps.